Articles > Test de Valkyrie Profile 2: Silmeria
Il en aura fallu du temps pour que le Vieux Continent se voit enfin reconnaître comme un marché à potentiel pour le monde du jeu vidéo. Notamment dans le domaine du RPG japonais, l'Europe a souvent été la dernière roue du carrosse, mais depuis quelques temps, les choses tendent à s'inverser, surtout depuis que Square Enix a décidé de sortir quasiment systématiquement ses productions sur nos territoires.
Pour preuves, la série Dragon Quest que l'on attendait plus, a enfin vu son 8ème opus édité par chez nous ! Miracle ! En début d'année, c'était Valkyrie Profile: Lenneth qui, à l'occasion de son remake, nous faisait l'honneur de se dévoiler devant nos jeunes yeux luisant de larmes, 7 ans après sa première sortie dans les bacs japonais.
Vendredi, ce sera au tour de sa suite, Valkyrie Profile 2: Silmeria, sur PlayStation 2 de débarquer chez nos revendeurs préférés, et ainsi l'occasion d'oublier ce blocus vidéo ludique qui frappait notre bonne vieille Europe !
Mise au point nécessaire...
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l'univers Valkyrie Profile, il faut savoir que c'est avant tout une ambiance et un gameplay. En effet, déjà dans le premier opus, le scénario tenait sur une feuille de papier à cigarettes : le Ragnarok, la guerre qui allait voir s'affronter les Dieux se prépare. Lenneth, une valkyrie aux ordres d'Odin, se voit alors attribuer la mission de descendre sur Midgard, le royaume des mortels, afin de dénicher les meilleurs guerriers qui pourront se battre à leurs côtés durant cette bataille.
Vous en conviendrez, rien de spécialement transcendant, même si le tout n'est pas dénué d'intérêts ! Mais là où Valkyrie Profile: Lenneth sortait du lot des RPG traditionnels c'est avant tout dans son ambiance très sombre et nostalgique puisque notre quête consistait à trouver des valeureux humains prêts à passer l'arme à gauche afin de nous servir. On suivait donc leur destin tragique dans les derniers jours de leurs vies, jusqu'à l'instant inéluctable de leur mort. On s'attachait facilement à ces einherjars, et les voir mourir nous déchirait souvent le cœur.
Le deuxième point, génialissime point, était donc le gameplay. Hérité en partie du jeu Princess Crown sorti sur Saturn, le mode de déplacement est très simple, on se ballade latéralement sur un plan 2D. Lorsqu'en fond d'écran apparaît une maison ou une ruelle, il suffit d'appuyer sur “Haut” et on change alors de scène. Cela peut paraître assez limité au départ, mais au final on s'y fait facilement ! Ce système a d'ailleurs été repris dans Silmeria, preuve de son efficacité.
Mais ce sont les combats qui représentent le gros du jeu ! Comme à son habitude, Tri-Ace nous avait concocté un système original et très dynamique, donnant une véritable impression de puissance à la valkyrie que nous incarnions et à nos fiers einherjars ! En 2D, à gauche de l'écran les ennemis, à droite nos personnages disposés en losange comme nos boutons sur la manette, chacun d'entre eux étant rattaché à l'un de ces boutons. Pour les faire attaquer, une ou plusieurs (suivant l'arme équipée) pression et ils partaient à l'attaque, enchaînant les combos. Pendant ce temps, une barre de hits se remplissait et lorsqu'elle atteignait le cap des 100 hits, on pouvait déclencher des sortes de coups spéciaux dévastateurs, très impressionnants dans leurs mises en scène et dans les effets pyrotechniques utilisés !
Alors vous allez me dire, puisque vous êtes des connaisseurs, que vous connaissez tout ça, après avoir retourné en long, en large et en travers ce chef d'œuvre de la PlayStation (et de la PSP !). Oui, mais pour bien comprendre les différences entre les deux jeux de la série, une mise au point et un rafraîchissement de cervelles étaient nécessaire...
Retour vers le futur
Vous incarnez cette fois Alicia, le vaisseau terrestre de Silmeria, une des 3 valkyries servantes d'Odin, avec Hrist et Lenneth. Découvrant les desseins machiavéliques d'Odin, Silmeria s'est rebellée et Odin l'exila du Walhalla. Elle se retrouve alors scellée dans le corps mortel d'Alicia, jeune princesse de Dipan et fille du maléfique Roi Barbarossa. Hrist prend alors sa relève au royaume des Dieux (puisqu'il ne peut y avoir qu'une seule valkyrie en fonction en même temps), répondant loyalement aux volontés d'Odin. Mais Silmeria qui devait restée endormie dans le corps d'Alicia se réveille, et demande à sa jeune hôtesse de l'aider dans son combat contre les dieux, et de récupérer la Dragon Orb recherchée par ces derniers pour ses pouvoirs dévastateurs, et dangereux pour les habitants de Midgard.
Cette histoire est censée se dérouler 100 ans environs avant les évènements de Valkyrie Profile: Lenneth et du Ragnarok, mais en réalité les choses sont plus complexes et vous le découvrirez rapidement en jouant cet opus. Ces "choses plus complexes" vous permettront de croiser au fil de votre voyage de vieilles connaissances du premier épisode, comme par exemple Lezard Valeth et Arngrim.
Pour vous aider à progresser, Silmeria demandera à Alicia de recruter des guerriers. Le premier d'entre eux sera Rufus, un archer rencontré sur le port de Solde, mais la plupart de vos futurs compagnons seront des einherjars autrefois recrutés par Silmeria.
Un background plus dépouillé
Après cette rapide description du synopsis, nous allons donc pouvoir commencer à parler du système de jeu plus précisément, à commencer justement par ces einherjars.
Voici déjà un point où le jeu se démarque de son prédécesseur. En effet, dans le précédent opus, cette partie du jeu était très importante et participait pleinement à l'atmosphère sombre et nostalgique du jeu. Ici, bien que cela soit expliqué par le scénario (on ne recrute plus les guerriers puisqu'ils appartiennent déjà à Silmeria, qui ne fait que les matérialiser pour l'aider dans sa quête), la récupération de nos amis est bien plus lapidaire : on se promène dans un donjon, on trouve une arme qui brille, on s'en approche et on a alors la possibilité si on le désire de faire apparaître un einherjar. Le problème étant que cela réduit à néant toute intensité dramatique ! De plus, un certain nombre (pour ne pas dire un nombre certain…) de ces guerriers est aléatoire, ce qui signifie qu'en recommençant le jeu vous n'aurez probablement pas les mêmes équipiers. Ceci peut s'avérer frustrant si vous aviez dans l'idée de récupérer un personnage précis... D'autant que leurs statistiques ne sont pas identiques, et certains seront donc plus avantagés dans certains domaines...
Et, si dans le premier opus on suivait les derniers instants souvent bouleversant de nos futurs alliés, ici il n'en est rien, ce qui ne permet plus de s'attacher à eux ! Pour seul descriptif de leur histoire, on retrouve un court texte dans le menu, plutôt impersonnel et donc forcément moins empreint de sentiments.
Ce point, rattaché au caractère aléatoire de leurs obtentions et couplé au très grand nombre d'einherjars rencontrés, est le gros défaut à mon sens du jeu, qui perd par la même beaucoup d'intérêt comparativement à son aîné...
Un gameplay encore plus complet
Nous nous déplaçons toujours de la même manière que dans Valkyrie Profile: Lenneth, à savoir sur un plan latéral, même si les décors sont dorénavant en 3D. Une fort belle 3D d'ailleurs, malheureusement gâchée la plupart du temps par un aliasing aveuglant omniprésent. Donc toujours pareil, vous avancez de droite à gauche, et quand une rue ou une maison apparaît en arrière plan (ou au premier plan d'ailleurs pour les ruelles), vous avez la possibilité d'y aller en appuyant sur la touche directionnelle adéquate, ce qui aura pour effet de vous faire changer de partie sur la carte. Car les cartes de villes ou de donjons sont toujours découpées en plusieurs parties, comme c'état le cas dans l'épisode précédent, sur ce point vous ne serez donc pas dépaysés !
Dans les donjons justement, comme vous le savez sûrement, à la manière de Lenneth, Alicia/Silmeria possède des compétences spéciales. La plus basique est le coup d'épée qui vous permet en frappant un monstre dans le donjon d'entamer le combat en ayant l'avantage de la première attaque. Si un ennemi vous touche avant que vous ne portiez ce coup, vous serez désavantagés, la plupart du temps encerclés, et parfois même assaillis avant que vous n'ayez eu le temps de dire "ouf !".
Ensuite, vous avez la possibilité de lancer des "photons", suivant un peu le principe des cristaux de Lenneth. A une grosse différence près toutefois !
En effet, Lenneth avec ses cristaux pouvait geler les ennemis (afin de pouvoir les éviter, ou simplement s'en servir comme piédestal), chose qu'il vous est toujours possible de faire, mais pouvait également se créer des sortes d'échelles en lançant des cristaux sur les murs, créant ainsi des promontoires qui vous servaient d'escaliers de fortune. Ceci n'est plus possible avec Alicia, mais la nouvelle compétence est tout aussi intéressante puisque grâce à ses "photons", elle peut, en gelant un ennemi et en relançant un "photon", se téléporter à la place de cet ennemi, et vice-versa ! Cette technique offre de nombreuses possibilités pour accéder à des plateformes haut perchées, d'autant qu'il est également possible d'effectuer cette manœuvre grâce à des objets "à geler" et qu'il est aussi possible de sauter plus haut en restant appuyer sur la touche de saut pendant la téléportation. Je vous laisse imaginer les séquences de plateforme qui s'apparentent parfois à un casse-tête à s'écheveler !
Une grosse nouveauté du jeu réside dans les orbes que l'on trouve disséminés dans les donjons. Ce principe ingénieux peut être à l'origine de grandes réflexions philosophiques puisque les choix qui en résultent affecteront votre progression dans les donjons parfois de manière drastique. Alors qu'est-ce donc que ce système ?
Dans certaines salles des donjons, vous trouverez un promontoire avec un orbe dessus. Il faut bien comprendre que chaque orbe a une capacité particulière, comme augmenter la force, réduire la défense, etc., et que si l'orbe est sur le promontoire, ses effets s'appliqueront aux ennemis dans une certains zones du donjon (reconnu a son fond rouge sur la carte), tandis que si vous prenez l'orbe avec vous son effet agira sur votre groupe. Donc admettons que vous rencontriez l'orbe "force +120%", vous avez tout intérêt à le prendre avec vous si vous ne voulez pas que les combats soient trop durs !
Ce principe offre ainsi tout un panel de stratégies, sachant que vous ne pouvez pas porter autant d'orbe que vous le souhaitez, et que les promontoires sont également en nombre limité dans les donjons ce qui fait que les effets que vous souhaiterez infliger aux ennemis doivent être bien réfléchis.
A noter qu'en sortant du donjon, tous les orbes retrouvent leurs emplacements d'origine, à moins d'avoir trouvé une fontaine, qui vous permet de pouvoir réutiliser les orbes que vous y placerez dans d'autres donjons ! Très utile lorsque vous trouvez un orbe avec une capacité rare ou spécialement avantageuse pour vous.
Notez également que certaines salles de donjons ne sont pas frappées par le pouvoir de ces orbes, elles sont protégées contre tout pouvoir magique, ce qui signifie aussi que vous ne pourrez pas non plus utiliser vos "photons", ce qui rend la progression dans ces salles parfois ardues !
De la tactique dans les combats
Pour terminer ce test, attardons-nous un peu sur les combats, qui ont un poil changé depuis Valkyrie Profile: Lenneth.
Dorénavant vous atterrissez pendant les combats dans une zone en 3D, où vous pourrez évoluer librement pour élaborer des stratégies. En effet, il est maintenant question de stratégies puisqu'il va vous falloir vous adapter aux ennemis et aux boss. Certains sont plus vulnérables sur les côtés ou par derrière, et donc il faudra essayer de les contourner. Vous avez donc l'option de séparer vos combattants en deux groupes, avec la possibilité de passer de l'un à l'autre en changeant de leader grâce aux flèches directionnelles de la manette.
A noter que plus vous "bourrinez" les ennemis, plus vous leurs détruisez des parties du corps (car les dégâts sont désormais localisés !) et plus vous gagnerez des objets utiles pour vous équiper ou bien pour revendre et ainsi vous faire de l'argent. Sans oublier que en les attaquants de manière efficace, vous ferez comme dans l'épisode précédent grimper la jauge de "Hits" et, à condition d'avoir les armes adéquates, pourrez déclencher les "Soul Crushes", qui sont des attaques dévastatrices, que vous pourrez enchainer avec les différents personnages de votre équipe si vous les combinez de manière à faire grimper la jauge de "Hits" suffisamment.
Vous aurez droit parfois à des embuscades, des murs du terrain de combat peuvent s'effondrer et vous trouverez derrière ces parois de nouveaux ennemis à affronter !
Les ennemis ont un champ de vision spécifique, que vous serez bien inspiré d'éviter si vous ne voulez pas vous faire attaquer, et vous serez bien aidés en cela par votre capacité de " Dash" qui en appuyant sur la touche R1 vous permet de foncer dans une direction, et d'enjamber leurs champs de visions, ou de passer facilement dans leur dos (il existe différents types de "Dash" en fonction du nombre de pressions sur la touche R1 ou bien de l'intensité de la pression, chose que vous découvrirez en jouant au jeu !)
Vous noterez qu'il est possible d'affronter à volonté la plupart des boss en retournant là où ils sont apparus, ce qui vous permettra de faire un peu de level-up ou de récupérer des objets rares, que vous n'auriez pas réussi à obtenir la première fois, parce que, par exemple, vous n'auriez pas détruit la bonne partie de leur anatomie !
Pour finir, quelques mots sur l'équipement. Chaque pièce, ou presque, d'équipement est assorti d'une rune, et en combinant ces runes vous pourrez débloquer des skills qui aideront vos personnages en combats, de la même manière que les skills dans Valkyrie Profile: Lenneth. Une fois combinées, les runes deviennent brillantes et vous devrez alors faire quelques combats afin de faire grimper une petite jauge d'expérience, car vous ne pourrez utiliser cette capacité que lorsque la jauge sera à 100%, vous donnant ainsi la possibilité de changer d'équipement tout en pouvant associer cette capacité à votre personnage.
Pour que vous vous fassiez une idée plus précise, ce système ressemble pas mal au système de Final Fantasy IX avec ses magicites.
Valkyrie Profile: Silmeria est un jeu sympathique, on ne peut pas le nier. Riche en possibilités stratégiques, doté d'un scénario qui se révèle bien plus profond qu'il n'y paraît au départ, et muni d'un système de combat très dynamique, le jeu est plein de qualités.
Toutefois, il ne peut se hisser à la hauteur de son prédécesseur du fait du grand manque d'intensité dramatique, et de l'ambiance très nostalgique qui faisaient tout le charme de Valkyrie Profile: Lenneth.
Les musiques ne brillent pas non plus particulièrement, malgré la patte Sakuraba, et les graphismes sont malheureusement plombés par un aliasing omniprésent.
Reste que traverser cet univers mythologique est très agréable, retrouver nos personnages favoris de l'opus précédent est également appréciable, et les fans du premier seront sans doute ravis d'avoir une suite à leur histoire et de comprendre mieux certains points tout en vivant une nouvelle aventure, avec un nouveau système de jeu. |
- L'univers mythologique scandinave
- La richesse stratégique
- Quelques nouveautés sympathiques |
- Einherjars moins convainquants
- Une ambiance moins nostalgique
- Aliasing aveuglant |
14/20
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