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Dragon Quest Heroes : Le Crépuscule de l’Arbre du Monde

Bien qu'il emprunte une partie de son nom à un épisode annexe sorti sur Game Boy Advance en 2006, Dragon Quest Heroes est l'un des garants du renouveau de la série de Yûji Horii, qui s'essaye dernièrement à toutes sortes d'expérimentations. Inspirée par Dynasty Warriors et développée par son studio, Omega Force, cette nouvelle aventure est à la frontière des genres mais ne renie pas ses origines, celles qui ont popularisé le jeu de rôle japonais. Alors que sa suite paraîtra début 2016 au Japon, Le Crépuscule de L'Arbre Monde fait ses premières armes ce mois-ci en Occident. Que la bataille commence !

Dragon Quest All Stars

Inutile de prendre des pincettes : Dragon Quest Heroes transpire l'hommage à grosses glugouttes. Bien qu’il introduise les guerriers Lucéus et Aurora, leur extravagant Roi Doric, la mécanicienne Dora et le fidèle petit gluant Médicix, Le Crépuscule de l’Arbre du Monde doit avant-tout son intérêt à la présence de nombreux héros issus des précédentes aventures de la série. Les occidentaux, qui ont pour la plupart découvert Dragon Quest à l’occasion du huitième épisode, seront ravis de revoir Yangus et Jessica, un duo aussi électrique que comique qui conserve tous ses attributs. Les fans de la trilogie zénithienne préféreront certainement embarquer les personnages emblématiques de Dragon Quest IV à VI. Les autres attendront la suite. Naturellement, chaque combattant possède son propre style de combat, ses compétences, ses armes fétiches et, par définition, son intérêt pour l’équipe. Mais si l’on distingue très vite — notamment une fois tout le casting débloqué — quelle est la dream team la plus efficace pour se défaire des hordes de monstres qui envahissent le terrain, il est difficile de ne pas résister au choix du cœur, celui du charisme et de la nostalgie, pour constituer son escouade. Il faut d’ailleurs souligner l’excellent travail des équipes artistiques pour transposer dans un univers en 3D les personnages d’une autre époque. Le résultat est coloré, net et franc, il rend particulièrement hommage au style et aux dessins d’Akira Toriyama, qui a également esquissé les nouveaux héros.

Comme pour Dissidia: Final Fantasy en son temps, rassembler dans une même aventure des personnages issus d’univers différents est une pirouette difficile à assumer. Dragon Quest Heroes s’en balance et ne cherche pas à se justifier pendant des heures : les combattants font connaissance au gré des rencontres sans trop se poser de questions et se permettent même quelques dialogues et comportements (très) référencés, teintés de nostalgie. L'invasion maléfique du royaume d'Arbera et protection de l'Arbre Monde n'est finalement qu'un bon prétexte à faire la baston face au bestiaire le plus symbolique de Dragon Quest. Comment exprimer la satisfaction ressentie quand, au cours de l’une des premières missions, une nuée de dizaines gluants aussi inoffensifs que jobards sort des herbes hautes pour faire front ? Comment qualifier le plaisir de retrouver trolls, golems et autres machines à tuer par centaines dans des environnements aussi chatoyants que ceux auxquels la série nous a habitués ? Ces sentiments sont indescriptibles, et pour cause : Square Enix tire sur cette petite corde fragile qu’est le fan service. Celui-là même qui, quand il est maîtrisé, fait bien des miracles.

Combats de combos

Lors de leur venue à Paris, les développeurs m'avaient expliqué vouloir se démarquer des Musô traditionnels dont Omega Force a le secret. L'inspiration Dynasty Warriors est difficile à camoufler, mais il faut reconnaître que Dragon Quest Heroes va bien au-delà de l'habillage facile et rentable. Toutes les missions de l'aventure n'ont qu'un seul et unique objectif : se défaire des vagues d'ennemis qui occupent le terrain. Plutôt que d'imposer un temps limité pour chaque quête, Square Enix s'est inspiré des meilleurs Tower Defense pour concevoir un gameplay original et offrir des challenges relevés. La plupart du temps, il faudra donc protéger un ou plusieurs points stratégiques du niveau — un personnage, un bâtiment ou une racine de l'Arbre Monde — et surveiller leur jauge de résistance. Comme mêmes les héros les plus vaillants ne peuvent pas être à la fois au four et au moulin, les arènes (pourtant pas très grandes) abritent des pierres de téléportation. Mieux : une partie des ennemis abattus peut être ponctuellement recrutée dans votre équipe à l'aide de jetons. Certains ont une action immédiate — offensive ou défensive — d'autres feront la baston à leur place jusqu'à ce que mort s'en suive. Il faut alors faire des choix : abattre en priorité les portails d'où sont invoquées toutes les créatures ou prendre quelques minutes pour cogner ce dragon vert isolé, qui pourrait être bien utile une fois dans votre ligne de défense ? Cette remise en question permanente, c'est ce qui fait tout le sel de cet épisode qui marie avec brio tactique et réflexes.

Manette en main, le jeu se montre assez vif... mais assez limité. Avec deux touches pour les attaques au corps-à-corps, quatre sorts et une attaque spéciale disponible une fois la tension à bloc, le panel de mouvements est certes varié, mais répétitif une fois les quelques combos techniques assimilés. Le changement instantané de personnage rendu possible avec L2 permet certes de passer d'un style à l'autre et d'éviter de s'endormir sur son pad, mais ce n'est pas suffisant. On aurait apprécié quelques mouvements supplémentaires ou des attaques collaboratives, mais tout laisse à penser que ce genre d’ajustements seront proposés dans le second épisode. Tout comme le mode coopératif, grand absent de ce premier essai, que les développeurs promettent d’ajouter dans la suite annoncée pour le printemps prochain. On retiendra tout de même l’excellent challenge que constituent les boss qui vous accueilleront à la fin de chaque chapitre. Gigantesques, ils se montrent également particulièrement agressifs. Le bouclier et l’esquive y sont largement mis à contribution, et l’affrontement peut requérir votre vigilance pendant de longues minutes. Mais ne vous reposez pas trop sur vos lauriers une fois un boss déchu : il reviendra tôt ou tard comme si de rien n’était dans une prochaine mission, considéré comme une créature lambda au milieu d’une meute d’ennemis.

Aéroc 'n' Relou

Pour voyager d’une cité à l’autre, mais aussi pour marquer de courtes pauses entre deux batailles, l’équipe embarque à bord de l’Aéroc, sorte de quartier général flottant aux proportions modestes qui compense l’absence de villages et de PNJ sur votre route. Passage forcé et contraignant à chaque fin de mission, l’aéronef est avant tout l’endroit indispensable pour personnaliser vos héros : le magasins d’équipements et la boutique d’orbes sont probablement les points de rendez-vous les plus importants, étant donné que ces accessoires améliorent considérablement les performances des combattants. On y trouve également un bureau de poste, de récompenses à la pelle, une petite paroisse pour sauvegarder sa progression et un atelier d’alchimie, pour créer de nouveaux équipements à partir des (nombreux) ingrédients trouvés sur le terrain. Une expérience assez classique, malheureusement ternie par un mauvais travail d’ergonomie. Vous souhaitez changer la composition de l’équipe le temps d’une mission ? Il faut se rendre au bar, procéder au changements, puis valider religieusement votre choix avant de revenir au centre du vaisseau. En route pour quelques missions annexes ? Oh, n’oubliez pas de les accepter une par une au préalable auprès de votre assistante. Et n’envisagez pas de repartir à l’aventure sans avoir vendu une partie de votre inventaire : vous pourriez passer à côté de certaines récompenses si vos poches venaient à être pleines. Il ne s’agit-là que d’une sélection de désagréments qui, à l’usage, et après les 30 heures de jeu nécessaires à boucler la quête principale, finissent par crisper. Oui, la série s’amuse avec ses traditions. Oui, l’austérité a toujours été sa marque de fabrique. Oui, mais nous sommes en 2015.

Ces petites frustrations mises de côté, force est de constater que le contenu de Dragon Quest Heroes est tout simplement colossal. Des dizaines de missions secondaires (qui investissent les mêmes environnements, mais qui ont le mérite de gonfler la durée de vie du titre), des grottes secrètes pour compléter son bestiaire, gagner de l’expérience et un peu d’or supplémentaire, la possibilité de retourner sur le terrain pour partir à la recherche de quelques slimes de métal… Les plus courageux compteront les heures par centaines : ils tenteront peut-être de mettre la main sur toutes les récompenses, symbolisées par des mini médailles à échanger contre des objets de valeur ou des recettes d’alchimie. Saluons également Square Enix qui, en Occident, à d’office inclus tous les DLC sur le disque. Comme quoi, quand on veut, on peut.

Slurperbe emballage

Si Dragon Quest Heroes sort en Occident exclusivement sur PlayStation 4, les développeurs l'ont conçu comme un jeu entre deux générations, disponible au Japon sur PS3 et PS4. Naturellement, un tel effort nécessite de faire des concessions techniques. Pourtant, le titre est à ce jour l'un des plus jolis Musô sortis sur console, avec un design irréprochable, des environnements vides mais variés, gratifié d'un bestiaire très intelligemment intégré. Et quand l'action devient compulsive, que les ennemis occupent tout l'écran et qu'une attaque spéciale vient mettre un grand coup de pied dans tout ce petit monde, le framerate ne bronche pas. Je dois tout de même relever quelques très légers ralentissements exclusifs au QG, dans des situations pourtant peu gourmandes. Difficile d'en faire une généralité, alors vos commentaires à ce sujet seront précieux. 

Pour la première fois, un Dragon Quest s'essaye également aux longues et nombreuses séquences cinématiques qui viennent vitaminer la progression souvent un peu trop bavarde. La mise en scène y est généralement grandiose, l'intrigue bien développée, le doublage savoureux — anglais ou japonais s'il vous plaît — et les situations cocasses. Un bel exercice de style pour cette saga qui n'a jamais réussi à sortir de ses habituels schémas narratifs archaïques. Côté musiques, on retrouve sans grande surprise quelques thèmes historiques composés par Koichi Sugiyama, mais aussi des compositions originales parfois trop redondantes pour être appréciées à leur juste valeur. Un bémol tout particulier à la musique de l'Aéroc, où les allers-retours sont de plus en plus nombreux et les écoutes de plus en plus agaçantes.

Pour sa première tentative dans le monde très fermé des beat them all, Dragon Quest Heroes s'impose comme l'un des meilleur spin-off de la série. D'une finesse remarquable, fidèle aux petites manies historiques de la série, généreuse dans son contenu et innovante dans la forme, cette aventure transpire les bonnes intentions. Un défouloir géant, parfois gluant mais jamais dégoulinant.

16
Le gameplay ingénieux
Soigné, coloré fluide
Fan service irréprochable
Du temps perdu dans les menus
Manque de variété des combos
Quêtes annexes redondantes