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Dragon Quest VII (Nintendo 3DS)

De toutes les histoires d'amour, celle liant l'Occident à la série Dragon Quest est probablement la plus pusillanime. Alors que nous pensions enfin avoir conquis et pour toujours le cœur de Yūji Horii quand Dragon Quest VIII nous parvint enfin en 2006, Square Enix et Nintendo n'ont jamais cessé de compliquer cette jeune relation. Pourtant, la réédition des épisodes de la trilogie zénithienne sur Nintendo DS présageait un avenir radieux : malgré des stocks limités — et une cote délirante aujourd'hui sur les sites d'enchères — les Occidentaux ont appris à apprécier ces aventures conservatrices mais rassurantes. Si l'absence de Dragon Quest X en dehors du Japon n'a manqué qu'à quelques intrépides, il n'y avait aucune raison que l'Amérique du Nord et l'Europe fassent l'impasse sur le portage du septième épisode, entièrement repensé pour la Nintendo 3DS par les petits génies d'ArtePiazza. Paru en février 2013, ce remake aura attendu le mois de septembre 2016 pour franchir les frontières de notre Vieux Continent. La légende raconte que les nombreux courriers du cœur envoyés depuis la France ont fini par convaincre. Le véritable voyage peut enfin commencer.

L'origine du monde

Jamais un jeu vidéo n'aura autant joué avec l'espace-temps : c'est avec trois ans et demi de retard sur la version japonaise que ce remake 3DS d'une aventure vieille de seize ans s'invite finalement dans nos consoles portables. Il serait déplacé de dire de Dragon Quest VII qu'il est suranné, mais il est indispensable de garder en tête que l'on tient entre ses mains une œuvre conçue au siècle dernier. Même dans ce remake, la construction et les mécaniques ne trahissent pas ses origines. Morcelée en plusieurs petites quêtes, cette nouvelle histoire met en scène un groupe de jeunes aventuriers qui découvriront rapidement que l'île de Meylor, que l'on croyait la seule habitée depuis des millénaires, pourrait être la porte d'entrée vers de nouveaux continents.

Mais avant de récolter vos premières tablettes, de traverser les époques et d'aiguiser vos glaives, il faudra vous plier au rythme surprenant dicté par le scénario. Dragon Quest VII prend le temps de poser son univers, cela passe notamment par des dialogues nombreux et fournis, parfois proches de l'excès de zèle. Ainsi, il faudra littéralement laisser s'écouler deux heures avant d'affronter le moindre gluant, et quelques dizaines supplémentaires pour comprendre les véritables enjeux et inévitables destins qui gravitent autour de toutes les petites intrigues. Ces moments de respiration (très agréables à l'heure où la majorité des jeux mise sur l'action et la vitesse) sont appréciables mais pas forcément adaptés au format, la console portable, sur laquelle les parties sont parfois plus courtes que sur une console de salon. Car là où Dragon Quest VIII (disponible depuis mi-janvier) se boucle en 45 heures, son grand frère occupera une centaine d'heures de votre temps... rien que pour l'aventure principale. À titre très personnel, j'ai aussi de plus en plus de mal à passer plus de 30 heures sur un même jeu sur console portable.

Dragon Quest VII est composé d’histoires courtes, qui forment en fait une grande histoire ; ce que le joueur ne réalise que petit à petit. Le plaisir est de les voir s’assembler.

Noriyoshi Fujimoto, producteur (Le Monde)
Carte du monde (worldmap) de Dragon Qest VII

Tablettes et classe affaires

Beaucoup de joueurs réclament sans cesse de « bons p'tits RPG à l'ancienne » mais en oublient tous les travers, dont certains se retrouvent malheureusement dans ce remake fidèle à la construction de l'époque. Ainsi, et même si le rythme a été revu pour cette version 3DS, Dragon Quest VII reste le Dragon Quest des allers-retours inutiles, présents dès les premières heures mais toujours plus grossiers à mesure que le dénouement approche. Ce faux rythme est accentué par les voyages dans le temps, qui imposent de traverser les mêmes zones à des époques différentes, et renforcent cette impression d'un monde étouffant alors qu'il est, au contraire, assez vaste. Au final, l'histoire pourrait facilement être condensée si ces séquences conçues pour augmenter artificiellement la durée de vie avait été écourtées. Certains passages se feront même un plaisir de vous faire tourner en rond pour une simple morceau de tablette oublié ou un dialogue indispensable avec un PNJ bien caché. Heureusement, une sorte de radar (un simple menu contextuel) permet d'y remédier.

La présence des monstres lors des phases d'exploration évoquée plus tôt est une nouveauté bienvenue — les combats ne sont donc plus complètement aléatoires, et certains peuvent être aisément évités dans les grands espaces. Une fois les affrontements lancés, le système reprend l'intégralité des mécaniques éprouvées lors des précédents épisodes, à savoir un déroulement classique au tour par tour avec toutefois quelques systèmes qui favorisent les combats rapides. Outre les commandes classiques (attaque, défense, magie et aptitudes de combat), il est possible d'assigner à son équipe, composée de quatre personnages, des attitudes pour automatiser les actions. Si cette intelligence artificielle demande parfois l'intervention du joueur (n'espérez pas vaincre le moindre boss avec cette méthode), elle se révèle particulièrement utile pour expédier les combats classiques dans les donjons étriqués. La possibilité de passer les affrontements en vitesse rapide est également une riche idée qui soulagera les amateurs de levelling, nécessaire mais pas aussi indispensable que dans Dragon Quest VIII. Généreux, Dragon Quest VII renferme également plus d'une cinquantaine de classes de combat ainsi que de nombreuses tablettes à récupérer avec la fonction Street Pass de la console. Une fois obtenues, ces tablettes vous ouvrent les portes d'un donjon généré aléatoirement avec, au bout, un objet rare à dégoter. De mémoire de joueur, jamais aucun RPG ne s'est montré aussi complet sur la portable de Nintendo.

Du style et des concessions

La série Dragon Quest ne s'est jamais contenté de portages faciles. Alors que la simple publication du jeu dans sa version originale légèrement liftée aurait déjà satisfait les joueurs européens tristement ignorés en 2001, Square Enix a naturellement tenu à remaquiller l'aventure pour l'ajuster aux standards de notre époque. Bien sûr, il s'agit d'un remake déjà sorti en 2013 au Japon, mais le résultat à l'écran est chouette, et fait honneur au coup de crayon du maître Akira Toriyama, l'habituel designer des personnages et des monstres. Pas trop criarde, la palette de couleurs est elle aussi très agréable. Pendant les affrontements, l'animation des personnages est irréprochable, et les effets magiques illuminent littéralement l'écran supérieur de la console. Un sans faute, alors ? Non, car à vouloir mettre le paquet, les développeurs ont fait l'impasse sur quelques optimisations. Le framerate, par exemple, suffoque légèrement dans certains environnements extérieurs,  principalement pendant les phases d'exploration, sur le tout premier modèle de la console en tout cas (une Nintendo 3DS Aqua Blue). Toujours sur la carte du monde, la faune et la flore ont tendance à apparaître tardivement, comme si la machine crachait ses tripes. Ces quelques défauts minimes ne gênent en rien la progression mais surprennent, tant Yūji Horii s'est forgé la réputation d'un véritable perfectionniste (en attestent les dernières vidéos du très ambitieux Dragon Quest XI).

Évidemment, l'excellent travail du compositeur attitré de la série, Kōichi Sugiyama, est toujours au rendez-vous dans cette version. Mieux : alors que sur PlayStation, les mélodies avaient subi un coup de massue pour rentrer sur les deux disques, Dragon Quest VII accueille de somptueuses musiques réorchestrées de la bande originale sur 3DS... au Japon en tout cas. Pour des raisons surprenantes, les versions occidentales ont hérité de musiques appauvries au format MIDI. Certains prétendent qu'il s'agirait d'un manque de place, d'autres affirment que les reprises par l'orchestre symphonique métropolitain de Tokyo pouvaient tout à fait tenir sur la petite cartouche. En réalité, il semblerait que le Monsieur Sugiyama soit particulièrement sévère en ce qui concerne ses droits d'auteur dès lors qu'une œuvre s'exporte en dehors du Japon. Celui qui a rejoint il y a quelques années le conseil de la société japonaise des droits des auteurs aurait volontiers négocié ses droits avec Nintendo moyennant finance, mais le potentiel limité de ce remake en Occident a sûrement eu raison de la discussion. On se contentera donc du doublage anglais de très bonne facture, qui lui est resté intact et qui parvient à dynamiser les échanges les plus importants de l'histoire.

Généreux, bichonné, exigeant... Dragon Quest VII est plus qu'une simple friandise en attendant le onzième épisode, il devient un indispensable de la Nintendo 3DS pour qui apprécie les aventures typiquement japonaises. Parfaitement adapté aux parties nomades, ce remake intégral a su conserver l'essence du titre original tout en retravaillant intelligemment certaines mécaniques pour s'affranchir de lourdeurs propres à l'époque de sa conception. On regrettera quelques ralentissements et l'absence de musiques orchestrales (pourtant présentes dans la version japonaise), sans lesquels le résultat aurait été grandiose.

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Réalisation 3D impeccable
Traduction de qualité
Généreux et agréable
Des baisses de framerate
Où sont les musiques orchestrales ?
Certains dialogues interminables