Dragon Quest XI : Les Combattants de la destinée

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Le 04 octobre 2019 à 09:24 par Bastien 0 commentaire
Dragon Quest XI : cinématique d'introduction

Dire que l'on attendait de pied ferme Dragon Quest XI : Les Combattants de la destinée sur Switch serait un euphémisme. Alors qu'elle portait encore le nom de code « NX », la prometteuse console de Nintendo pouvait déjà se vanter de compter le onzième opus de la série dans son catalogue. Puis, à l'issue d'une interminable attente, Dragon Quest XI s'imisce dans les PS4 et les 3DS japonaises en juillet 2017 ; il faudra attendre une année supplémentaire pour le découvrir en Europe sur PS4 et Steam avec toutes les qualités qu'on lui connaît. Nous sommes à l'automne 2019, et nous tenons enfin entre nos mains la promesse faite par les équipes de Square Enix à Satoru Iwata peu avant sa disparition : l'Édition Ultime d'une généreuse aventure qui, tel un miracle, tient dans la poche.

Passé décomposé

Dragon Quest XI est probablement l’épisode qui aura été le plus complexe à concevoir pour Square Enix. Après le succès d’estime du magnifique Dragon Quest VIII, la marche-arrière soudaine opérée sur un DQIX jugé trop révolutionnaire lors de son annonce et l’infatigable expérience en ligne DQX exclusive au Japon, il fallait réconcilier tout le monde avec un franc retour aux sources. C’est chose faite avec Les Combattants de la destinée qui réutilise les ingrédients stars de la saga, notamment l'approche « shônen » qui a toujours fait son succès. L’histoire d’un héros malgré lui, pourchassé pour sorcellerie, à la recherche de la vérité sur ses ancêtres et de ce mystérieux pouvoir qui l’habite. Comme le veut la tradition, l’aventure prend son temps et multiplie les mini-épopées qui finissent par s'entrecouper. Ainsi, les dix premières heures à l’ambiance assez gentillette sont consacrées à la découverte des différentes personnalités colorées qui rejoindront l’équipe. L'écriture très touchante de Yūji Horii fait encore mouche en 2019, notamment à mi-parcours, où le ton se durcit pour offrir à la narration une pirouette imprévisible, avant la course vers l'affrontement final (et le post-game enrichi d'un nouveau boss annexe, pour les plus masochistes).

Cette nouvelle version exclusive à la Switch s’accompagne de nombreuses nouveautés, dont certaines tout à fait bienvenues parviennent à corriger le rythme du jeu original sorti l’année dernière. Outre la course rapide déjà disponible dans notre version européenne et les combats en vitesse ultra-rapide (quel soulagement !), les développeurs ont intégré un accès permanent à la Transforge, jusqu’alors uniquement disponible lors des rares feux de camp, ainsi qu’une clochette pour appeler son cheval à n’importe quel moment de l’aventure et ainsi esquiver les combats en dégommant les ennemis. Un gain de temps considérable qui fait passer les allers-retours intempestifs d'hier pour un vulgaire mauvais souvenir. Ces petites corrections mises bout-à-bout rendent l’expérience plus agréable, et c’est bien pour ça qu’elle ne démérite pas son titre de « Définitive Edition » malgré les sacrifices opérés sur la technique.

Deux en un

La forme que prendrait DQXI sur la console transportable de Nintendo a longtemps été sujette à interrogations. Le portage de la 3DS à la Switch serait un peu fainéant, la réalisation étant un peu simpliste pour une console de cet acabit. Le passage de la PS4 à la Switch ne pourrait pas se faire sans de gros sacrifices sur l’esthétique générale, selon les plus pessimistes. Le mode 2D apprécié des vétérans de la saga ne pouvait pas passer à la trappe, l'époque étant à la nostalgie. Quel dilemme ! Finalement, on conserve cette belle modélisation 3D et le rendu cel-shading efficace de la version PS4. Si le monde d’Elréa n’a pas perdu de sa superbe et que le framerate reste constant en toute circonstance, la distance d’affichage et la netteté des textures ont été optimisées, pour ne pas dire sérieusement altérées. La comparaison est idiote mais sur Switch, les jeux de lumières sont moins resplendissants, les contours plus approximatifs et l'aliasing plus fréquent que sur la console de Sony. Mais oh, c'est le prix à payer pour emporter cette petite merveille dans votre sac à dos, dans les transports ou dans les toilettes. Et si vous n'êtes pas convaincu, tendez l'oreille : les mélodies malheureusement un peu plates d'un Koichi Sugiyama fatigué sont maintenant proposées dans leur version orchestrale, alors que les doublages japonais viennent allonger la longue liste des nouveautés.

Mais la véritable surprise de cette Definitive Edition, c'est la présence du mode 2D jusqu'à présent exclusif à l'édition 3DS japonaise. C'est bien simple : l'intégralité du jeu a été re-programmée dans une 2D époque 16-bit au pixel art précis et aux couleurs chatoyantes. Une représentation certes un peu figée mais fidèle à cette époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, jusque dans sa mise en scène expéditive qui fait gagner beaucoup de temps pour celles et ceux qui souheraient boucle l'aventure plus rapidement (probablement moins de 50 heures en ligne droite...). Malheureusement, le passage du mode 16-bit au mode 3D n'est pas aussi simple qu'attendu. Pour changer de dimension, il est indispensable d'en faire la demande depuis un point de sauvegarde dans un église ou près d'un feu de camp. Cette opération nécessite de repartir au début du chapitre en cours, et même si l'on conserve son équipement et son expérience, c'est frustrant. Comme dans la cartouche 3DS japonaise, on aurait aimé « switcher » en un clic pour découvrir le travail colossal abattu par les artistes. Au final, il faudra faire un choix : celui de la modernité ou celui de la tradition. Quel sera le vôtre ?

Avec deux inspirations graphiques, un nouveau boss, de nouvelles fonctionnalités de confort, des musiques orchestrales, un doublage japonais intégral et un mode photo, Dragon Quest XI arrive sur Switch avec des arguments de taille pour convaincre les gaulois réfractaires qui n'auraient pas encore succombé à ses charmes. Sans opérer de prise de risque majeure, DQXI s'avère être un savant mélange de tout ce qui a fait le succès de la saga ces 30 dernières années. Il est également une excellente porte d'entrée pour qui n'aurait jamais découvert la série. Et surtout, il devient l'un des RPG les plus réussis de la Switch !

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Le meilleur J-RPG de 2018 enfin sur Switch
Les musiques orchestrales et le doublage japonais
Le mode 2D digne d'une nouvelle aventure
De l'aliasing et des textures baveuses
Le thème d'exploration toujours aussi agaçant