Analyse

Final Fantasy VII en HD : un doux rêve ?

Évoquer Final Fantasy VII le magnifique sans avoir pour unique retour des fans le fantasme d'un remake est devenu mission impossible, notamment depuis l'arrivée sur le marché de la PlayStation 3. Comme un vieux vinyle qui tourne en boucle sur sa platine poussiéreuse, c'est chaque année la même histoire : l'approche de l'E3 ou du Tokyo Game Show ne fait qu'exciter davantage cette solide communauté. Final Fantasy VII en haute définition, l'arlésienne de Square Enix ?

La renaissance d'un mythe

La série Final Fantasy compte maintenant treize épisodes principaux. Treize aventures toutes plus palpitantes les unes que les autres : si les cinq premiers volumes assez classiques innovaient en leur temps par leur gameplay ingénieux et leur background travaillé, les derniers en date mettent l'accent sur le sensationnel et une technique brillante. Pourquoi, alors, Final Fantasy VII reste-t-il dans le coeur des joueurs ? Inutile de tergiverser : chacun sait que Cloud et sa bande ont été les idoles de toute une génération de nouveaux joueurs occidentaux. La septième fantaisie de Squaresoft a été la première à débarquer en 3D sur PlayStation, et ce dans le monde entier. Elle a dépucelé des millions de joueurs qui pour la plupart n'avaient jamais mis la main sur un RPG et qui ne connaissaient d'ailleurs pas la signification de ces trois lettres d'or. Le contexte ne fait pas tout, il faut bien admettre que Final Fantasy VII compte de nombreux atouts : réalisation au poil, scénario mariant cause écologique, guerre économique, personnages charismatiques ainsi qu'une grande part de fantastique.

Final Fantasy VII est donc un monument vidéoludique. Sa sortie récente sur le PlayStation Store a d'ailleurs fait mouche : immédiatement classé au top des téléchargements, il a été acheté plus de 100.000 fois en moins d'un mois en Amérique du Nord, un véritable record depuis le lancement de la plate-forme en ligne de Sony. Comme quoi, l'opus original a encore des adeptes douze ans plus tard. Paradoxe : on en vient à se demander pourquoi une refonte du jeu sur l'une des consoles de salon du marché actuel est-elle aussi demandée. Après tout, si la version première rencontre un tel succès, c'est qu'elle a encore de quoi faire rêver, non ? S'il est facile de se mettre dans l'état d'esprit d'un jeune joueur bercé par la génération précédente de hardware, attaché aux graphismes clinquants et aux effets spéciaux en tous genres, il est plus complexe de se placer dans la peau d'un fan de la première heure réclamant son Cloud en HD. Plus que les graphismes, c'est l'ambiance, la caractère et l'univers de Final Fantasy VII qui le rendent aussi séduisant. Le fautif serait-il Square Enix, sa Compilation of Final Fantasy VII et sa communication bancale autour du sujet ?

Quand Square Enix fait bouillir ses fans

Tout ce ramdam sans annonce concrète a réellement commencé le 17 mai 2005, à l'E3 où Sony présentait pour la première fois sa nouvelle machine, la PlayStation 3. Afin de lever le voile sur sa console haute définition en créant la surprise, le constructeur avait innocemment demandé à Square Enix de réaliser une courte vidéo permettant de montrer ce que la console avait dans le ventre. Si la scène du bal de Final Fantasy VIII avait été choisie pour faire honneur à la PlayStation 2 en 1999, la démo technique de la PS3 allait mettre en scène... Aerith et Cloud. Hérésie : cette intro lêchée reprenant les modèles conçus pour le film Advent Children alors en préparation a immédiatement semé le trouble chez les joueurs, ceci ne pouvait être que l'amorce d'un remake tout beau, tout neuf.

Les semaines suivant l'E3 ont été marquées par des interventions régulières de Square Enix dans la presse : un remake de Final Fantasy VII demanderait trop de travail pour atteindre la qualité que les fans attendent d'un tel projet. Depuis cinq ans, c'est la même chanson : Yōichi Wada répète continuellement que l'envie de travailler sur un tel remake ne manque pas, mais que l'équipe de développement devrait être au moins quatre fois plus conséquente qu'au milieu des années 90. Le problème est que les fans sont bien souvent éblouis voire complètement aveuglés par les propos du monsieur : quand Wada annonce en souriant que dix ans seraient nécessaire pour que ce projet aboutisse, on retrouve le lendemain des effets d'annonce du genre « Le remake de Final Fantasy VII : dans dix ans ! ». Fatiguant... Ne parlons même pas des espoirs infondés qui naissent chez certains quand Tetsuya Nomura (concepteur des personnages) annonce sa venue pour un événement de l'industrie du jeu-vidéo. Mais la porte reste toujours ouverte, et c'est bien le problème. En juin 2007, c'est dans le magazine Dorimaga que Nomura tentait de définitivement mettre fin aux rumeurs. Il concluait cependant : « Tant qu'il y aura des personnes qui veulent le faire et d'autres qui l'attendent, nous ne pouvons pas proclamer que tout est fini. »

Quoi qu'on en dise, une chose est sûre, Square Enix prend un malin plaisir à tourner autour du pot. En annonçant en 2004 la naissance d'une compilation Final Fantasy VII regroupant maintenant à la fois des jeux, des films et des OAV gravitant autour de l'univers original, la société savait que les joueurs verraient leur jauge d'excitation tripler de volume. Qui aurait cru qu'il était possible d'étendre cette mythologie à l'infini ? Crisis Core et Before Crisis se déroulent respectivement six et sept ans avant Final Fantasy VIIAdvent Children deux ans après l'aventure principale dans un Midgar en ruine, et Dirge of Cerberus un an plus tard. Une belle gymnastique, mine de rien. Ne pas s'attaquer directement à Final Fantasy VII dans cette compilation est une chose, mais se jouer des fans en est une autre. Terminer Crisis Core permet d'avoir accès à une vidéo reprenant certaines scènes de la démonstration technique, affublée d'un  « to be continued in FINAL FANTASY VII. » Certains ont à nouveau immédiatement cru à une sorte d'annonce indirecte. Non, non, il s'agissait juste de renforcer le fil conducteur de la saga.

« And next? We hope to meet Final Fantasy VII again! » Ce message aurait pu être adressé par les fans, mais c'est bel et bien Square Enix qui l'a écrit blanc sur noir dans le l'ouvrage Final Fantasy VII 10th Anniversary Ultimania publié chez Bentstuff, qui accompagnait les boissons énergisantes Final Fantasy VII 10th Anniversary Potion de Suntory sorties en septembre 2007 et limitées à 77.777 exemplaires. Cette anecdote, la dernière solide en date, n'a finalement rien donné, si ce n'est que confirmer ce que l'on savait déjà : les développeurs y songent.

Remake-moi si tu l'oses

Alors, cette version haute définition de Final Fantasy VII est-elle en développement ? Tout porte à croire que non. Lors de la campagne de promotion de Final Fantasy XIII, Yoshinori Kitase et Motomu Toriyama se sont dit étonnés de voir à quel point les questions posées autour de ce remake étaient nombreuses, notamment en Occident. « Nous allons étudier cette possibilité, si oui ou non nous allons le faire, et si oui sur quelle plateforme. », dixit Kitase, qui n'a pas manqué de rappeler que cela prendrait trop de temps avec les technologies actuelles.

Gardons également à l'esprit que si remake il y a, il serait réalisé par une partie de l'équipe originale. Or, Tetsuya Nomura travaille actuellement activement à la fois sur Final Fantasy Versus XIII et sur un nouvel épisode d'une trilogie Kingdom Hearts dont nous devrions bientôt entendre parler. Yoshinori Kitase, lui, est très impliqué dans la compilation Fabula Nova Crystallis et The 3rd Birthday, le nouveau volet de Parasite Eve sur PSP auquel Motomu Toriyama participe également. Nobuo Uematsu, qui compose maintenant à son propre compte, a terminé la bande originale du quatorzième épisode, mais a sûrement déjà d'autres travaux en tête, probablement avec Mistwalker, la société de Hironobu Sakaguchi. On le sait déjà très occupé avec le groupe Earthbound Papas et Fantasy Life, jeu développé sur Nintendo DS par Brownie Brown et Level-5. Sans oublier que retranscrire l'univers de Final Fantasy VII dans un environnement en trois dimensions demanderait un énorme travail à plein temps de direction artistique, de programmation et de mise en scène.

Quelques années seront donc encore nécessaires avant de pouvoir envisager sérieusement cette éventualité. Pourquoi continuellement regarder vers le passé, alors que la saga Final Fantasy s'appuie justement sur un renouvellement permanent qui ne demande qu'à être expérimenté ? D'ici là, Square Enix a de quoi nous divertir, que ce soit avec ses trois licences phares que sont Final FantasyDragon Quest et Kingdom Hearts, ou les nouveaux titres comme Nier qui en ont dans les tripes.